La photographie est entrée tardivement dans ma vie, il y a de cela une dizaine d’années. Elle ne s’est pas imposée comme une vocation évidente et je n’ai pas le souvenir d’un événement déclencheur particulier. Peut-être était-ce simplement le bon moment : un œil qui s’ouvre, un regard neuf qui se dévoile doucement, une vision nouvelle qui se dégage.

L’engagement est devenu rapide et profond, d’abord un peu éparpillé, au hasard de ce que mon regard découvrait sur le chemin. Une forme d’émerveillement foisonnant, presque enfantin.

Au commencement, j’ai cherché des atmosphères, des ambiances… ce qui me touchait, me surprenait, me semblait beau et émotionnellement fort. Des images souvent teintées de mystère, parfois sombres, toujours intenses.

La photographie de rue a marqué une étape déterminante. Elle m’a fait comprendre l’importance de la rencontre et l’évidence du respect dû par le photographe à la personne photographiée. Photographier un modèle — ce mot m’est essentiel —, oser proposer un portrait à un inconnu, assumer le regard, créer un instant de confiance : autant d’expériences fondatrices !

Peu à peu, le portrait s'est imposé comme l'axe majeur de mon travail. D’abord spontané, puis plus élaboré et réfléchi. Un studio a pris place à mon domicile, dans les Hautes-Pyrénées : d’abord modeste, il s’est métamorphosé en un véritable espace de création.

Si mon regard est aujourd’hui profondément tourné vers l’humain, ce n’est pas un hasard.

J’ai été infirmier en psychiatrie pendant 30 ans. Cette expérience, au contact direct des vulnérabilités, des souffrances psychiques, des transitions de vie et des questionnements existentiels, a façonné ma manière d’écouter et de considérer celles et ceux que je rencontre. Cette attention et ce respect constant guident évidemment ma façon d’aborder les modèles que je photographie.

Parallèlement, je me suis toujours passionné pour les récits, qu’il s’agisse de romans anciens et contemporains, de contes traditionnels ou de poésie narrative. Le symbolisme, les structures langagières subtiles, les récits de transformation et de quête identitaire m’ont toujours fasciné et ont contribué à enrichir ma perception du monde et de la réalité qui m'entoure. Ils nourrissent mon imaginaire depuis toujours.

De cette évolution – où le regard crée la rencontre et où l’écoute nourrit le récit – est née très naturellement une approche photographique davantage axée sur la narration. Elle est également une manière d’explorer mes propres faillibilités et interrogations — une impulsion ou une tension intérieure dont le geste créatif devient l’expression.

En réalité, bien plus que la photographie elle-même, c'est le geste créatif qui me passionne — cette tentative de donner forme aux idées, aux émotions, aux rêves qui nous traversent et trouvent, par la création un univers où exister.

Là où je me tiens...